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Ahmad Ahmad

Président de la Confédération Africaine de Football
« Le haut niveau ne lésine pas sur les détails»

Ahmad Ahmad, actuel président de la Caf

 

En visite d’amitié et de travail au Burkina Faso, du 3 au 6 août 2017, l’homme fort du football africain, le Malgache Ahmad Ahmad, s’est prêté aux questions de Préférence Magazine Panafricain. C’est un président qui n’a pas usé de langue de bois pour expliquer ses ambitions de révolutionner le football africain. Mais au titre des réformes, surtout la CAN 2019, cela fait déjà jaser au Cameroun, hôte de la prochaine CAN.

 

Votre élection apparaît comme une surprise, et certains ont même parlé de tsunami, n’êtes-vous pas, vous-même surpris ?
Je suis un président qui n’a pas eu l’ambition de présider la CAF. En aucun moment, je ne pensais diriger la CAF. Mais par la force des choses, à 4 mois des élections, je me suis décidé à m’engager, mais je ne vous cache pas, je n’ai jamais douté de mon élection depuis que j’ai pris la décision de présenter ma candidature, j’ai juste eu le stress avant la proclamation des résultats. Vous parlez de surprise en étant à l’extérieur, mais à l’intérieur, tout le monde savait que le baobab (Issa Hayatou, 7 mandats et 28 ans de règne, ndlr) allait tomber.

Mais cette surprise passée, d’aucuns appréhendent votre capacité à relever les défis, que leur répondezvous ?
Je rigole quand on me demande si je serai à la hauteur. Du haut de mes 57 ans, je ne suis pas un novice, ni un parvenu dans le football. De tous les présidents qui m’ont précédé, personne ne peut se targuer d’avoir mon CV et mon niveau de connaissance du football africain . J’ai Bac+6, j’ai occupé de hautes fonctions dans mon pays, j’ai été président de fédération de football, puis vice-président du comité comité olympique, alors qui mérite d’être président ? Je demande à ce qu’on me laisse travailler pour être jugé à la fin de mon mandat.
 

Est-ce que les acteurs sont au cœur des réformes entreprises par la CAF ?

Nous avons pris l’engagement de protéger nos professionnels africains qui sont ailleurs, et aujourd’hui quoi que les gens disent, on est intransigeant sur leur protection sur tous les plans, que soit médical, ou sur le plan des infrastructures sportives, ou sur la sécurité par rapport à nos Africains qui reviennent chez nous pour honorer la Coupe d’Afrique des nations(CAN). Le relèvement du cahier des charges va dans le sens de protéger nos joueurs, nous avons pris les décisions en fonction de ce qui est bien pour l’Afrique. Ces joueurs-là, ce sont nos enfants, ce sont nos frères, qui ramènent beaucoup d’argent pour leurs familles en Afrique, et font des investissements, ils reviennent en Afrique pour crédibiliser le football africain pendant la CAN, il ne serait donc pas normal que nous posions des actes et prenions des décisions, qui ne vont dans le sens de protéger leurs carrières. Les nouvelles modifications sur la période de la tenue de la CAN (juin-juillet au lieu de janvier février habituellement, ndlr) serviront à protéger les joueurs qui sont pour la plupart sous plusieurs contraintes quand ils viennent participer à cette grand-messe du foot africain. Ainsi donc ramener la compétition en juin va faciliter la préparation de ces derniers. Quant à l’augmentation du nombre des équipes qui passe de 16 à 24, cela va conforter l’expression grand-messe du foot africain pour le grand bonheur de plus de nations. On a aussi promis que nous allons allouer maintenant des subventions aux fédérations, même si c’est symbolique pour la première fois, il faut que nous manifestions cela.

Le passage de 16 à 24 pays pour la phase finale, 6 stades dans 6 villes, impose de facto de nouveaux cahiers de charges, et il sera applicable à partir de quelle CAN ?
Ce sera dès la prochaine CAN, si nous tenons à relever le standard des cahiers des charges, c’est parce que la CAN, ce n’est pas seulement les stades, ce sont les aéroports et les hôtels dans les villes hôtes, si nous voulons exiger du spectacle pour notre football, il faut que nous créions les conditions pour cela, le haut niveau ne lésine pas sur les détails.

Dans ces nouvelles conditions, le Cameroun, pays hôte de la prochaine CAN 2019, sera-t-il à la hauteur ? et si ce n’était pas le cas, qu’est-ce qui va se passer ?
Une visite d’inspection composée d’experts d’un cabinet d’audit spécialisé se rendra au Cameroun pour évaluer la situation. A l’issue de cette visite, le comité exécutif en tirera les conclusions nécessaires. Au cas où le Cameroun ne serait pas en mesure d’organiser la CAN 2019, il y aura une procédure d’appels à candidatures, pour tous les pays qui se proposeraient de l’organiser. Vous savez, même l’Europe qui est développée, ce n’est pas tous les pays qui peuvent organiser l’Euro, mais pourquoi nous, nous n’allons pas accepter que les pays qui sont en avance économiquement, en termes d’infrastructures, puissent organiser la CAN. Faites vos recherches, il y a 4 ou 5 pays qui sont développés, et disposés à organiser la CAN, sans construire de nouveaux stades. Cela, ne nous fait pas peur, on se dit que dans dix ans, il y aura d’autres pays, qui vont se développer pour organiser la CAN. Donc il n’y a pas de souci pour trouver un pays organisateur, et à l’heure actuelle, même pour une CAN à 4 équipes, le Cameroun n’est pas prêt.

Il se murmure aussi que des reconsidérations sont en vue pour les attributions des prochaines CAN, qu’en est-il au juste ?
Pour ce qui est de la CAN 2021en Côte d’Ivoire, il n’y a rien à dire, car l’attribution a été conforme à l’appel d’offres. Par contre pour 2023 en Guinée-Conakry, il n’y a pas eu d’appel d’offres. Nous allons aller au fond des choses, pour voir si les procédures ont été respectées, nous n’allons pas donner l’organisation de nos compétitions de gré à gré.

Une révolution au sein de la CAF, est donc en marche, comment comptez-vous redorer le blason de l’institution ?
Je dois déjà remercier les présidents des 34 fédérations qui ont voté pour moi, car ils ont osé voter pour le changement, personne ne le croyait, même vous, c’est déjà un signal très fort. Ils ont voté un président avec un programme, c’est peut-être un temps de grâce, mais nous vous avons, vous les médias avec mon équipe. Nous allons montrer que nous respectons ce programme que nous allons mettre en œuvre. Il y a une cohérence d’idées que l’on met en place, et lors du symposium du Maroc, on a voulu montrer la rupture. Je ne pense pas qu’aujourd’hui, avec l’organisation que nous avons mise en place, on puisse dire que le clientélisme a sa place, elle répond à l’équilibre sur le continent. Ce qui reste comme grand chantier, c’est l’administration, nous allons lancer le recrutement d’un SG par un appel à candidatures sur le continent avec comme préalables, la maîtrise du français, de l’anglais et de l’arabe. Nous allons aussi revoir l’agrément entre le gouvernement égyptien et la CAF, il faut que notre institution bénéficie du statu d’extraterritorialité pour que les enfants de l’Afrique viennent et travaillent de façon sereine au sein de la confédération.

Quels sont vos rapports avec l’ancien président Issa Hayatou ?
Moi ce que j’essaie de faire dans ma vie, c’est d’être en harmonie avec ce que je dis, ce n’est pas dire publiquement une chose, et faire autrement après. Ma religion et mon éducation ne me permettent pas de faire cela. C’est vrai que l’ancien président a promis qu’il va m’aider, mais je constate que ses proches conseillers m’attaquent dans la presse. Moi si je vous promets de vous aider, je vous appelle au téléphone, et il ne m’a jamais appelé.
 

 

 Propos recueillis par

Barthélemy Kaboré Préférence Magazine, Septembre/Octobre 2017

 
 

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